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Le soulèvement du bazar de Téhéran entre dans son troisième jour, les médias du régime admettent l’existence d’une résistance organisée

Alors que l’Iran entame son troisième jour d’un soulèvement qui prend rapidement de l’ampleur, le 30 décembre, les manifestations qui ont débuté dans le Grand Bazar historique de Téhéran se sont transformées en un mouvement de contestation national contre la théocratie au pouvoir. Ce qui avait initialement éclaté comme une grève de commerçants protestant contre l’effondrement de la monnaie et une inflation galopante s’est rapidement mué en une contestation politique ouverte, des slogans exigeant la chute du régime résonnant dans le centre de Téhéran et se propageant dans de nombreuses villes du pays. La participation des commerçants du bazar, des étudiants, des ouvriers et des retraités ne témoigne pas d’un trouble passager, mais d’une rupture profonde et structurelle entre la société et l’État.

Un élément crucial, et non des moindres, concernant la nature politique et organisée de ce soulèvement, est venu non pas de l’opposition, mais du régime lui-même. Dans un article publié le 29 décembre, l’agence de presse Fars , directement affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a admis que les manifestations dans le centre de Téhéran ne se limitaient pas à des revendications économiques. Selon Fars, des témoins oculaires ont rapporté qu’au sein de groupes d’environ 200 personnes, des cellules organisées de cinq à dix individus scandaient des slogans qui dépassaient le cadre des revendications professionnelles ou commerciales.

Cet aveu est frappant. Pendant des décennies, les médias du régime ont cherché à présenter les troubles comme spontanés, sans chef, ou motivés par de vagues « complots étrangers ». Or, ici, l’organe de presse du Corps des gardiens de la révolution islamique reconnaît implicitement une présence structurée et intentionnelle au sein des manifestations. Ce que Fars décrit comme des « petites cellules » poussant les protestations vers une orientation politique radicale reflète fidèlement le mode opératoire des Unités de résistance de l’OMPI, qui s’appuient sur une mobilisation décentralisée en petits groupes pour entretenir et politiser le mécontentement populaire.

Plus révélateur encore, l’agence Fars va plus loin en nommant explicitement Maryam Radjavi , la présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne. Elle note que, parallèlement aux manifestations du bazar, Mme Radjavi a appelé à « la formation d’une chaîne de protestations », citant des sources du renseignement qui y voient une tentative de transformer les critiques économiques en instabilité politique.

Ce faisant, les médias du régime confirment qu’il considère l’OMPI et son réseau de résistance comme le principal catalyseur et moteur stratégique du soulèvement, transformant le mécontentement économique en mobilisation anti-régime.

Les troubles se sont désormais nettement étendus au-delà du bazar. Ces dernières 48 heures, les manifestations ont gagné les principales universités et résidences étudiantes de Téhéran, notamment l’université de Téhéran, longtemps considérée comme un baromètre politique. Les étudiants scandaient des slogans tels que « Plutôt mourir que d’être humiliés » et « Craignez-nous, craignez-nous, nous sommes tous unis », ce qui a incité les forces de sécurité à boucler les résidences et à encercler les campus pour empêcher le public de les rejoindre .

Cette expansion dans les universités marque une dangereuse escalade pour le régime, rappelant les soulèvements précédents où la participation étudiante a joué un rôle décisif.

En réponse, les autorités ont opté pour une tactique préventive plutôt que pour une répression ouvertement violente. Le régime a annoncé la fermeture des universités à partir de mercredi, prolongeant de fait le confinement jusqu’à la fin de la semaine. Cette mesure semble davantage destinée à briser la dynamique des manifestations sur les campus et à empêcher toute nouvelle coordination entre étudiants et commerçants grévistes qu’à rétablir la situation normale. Il s’agit d’une manœuvre bien connue : des fermetures administratives utilisées comme coupe-feu politique.

Le contexte général reste celui d’un effondrement économique grave et accéléré. Le rial iranien a chuté à des niveaux historiquement bas, le dollar américain dépassant les 140 000 tomans, rendant impossible toute activité commerciale normale. De larges pans de l’infrastructure commerciale de Téhéran – notamment les complexes Alaeddin et Charsou, la rue Lalehzar, les marchés de l’or et de l’électronique, ainsi que les artères principales du Grand Bazar – demeurent paralysés. Des grèves et des manifestations similaires ont été signalées à Mashhad, Karaj, Kermanshah, Hamedan, Malard et Qeshm, soulignant l’ampleur nationale du mouvement de contestation.

Il est à noter que le régime a jusqu’à présent évité les massacres. Les forces de sécurité ont été déployées massivement, mais avec une retenue mesurée. L’objectif affiché est de réprimer les manifestations sans provoquer de pertes humaines susceptibles d’attiser la colère populaire et d’y impliquer des pans entiers de la société. Cette prudence tactique témoigne de l’inquiétude du régime : il reconnaît qu’une violence excessive à ce stade pourrait accélérer, plutôt que contenir, le soulèvement.

Alors que le bazar et les universités convergent en tant que centres de résistance, l’Iran semble entrer dans une phase où l’opposition organisée et la colère populaire s’alignent de plus en plus, constituant un défi durable aux fondements du pouvoir clérical.