La crise des droits humains en Iran est entrée dans l’une de ses phases les plus sombres depuis des décennies. Le soulèvement national qui a commencé le 28 décembre 2025 et atteint son apogée en janvier 2026 a été réprimé par des tirs meurtriers, des arrestations massives, des disparitions forcées et une coupure quasi totale d’Internet et des communications. L’objectif était de couper les manifestants les uns des autres, d’enterrer les preuves et d’empêcher la colère populaire de prendre une forme organisée.¹
Les conséquences se déploient désormais dans les prisons et devant les tribunaux. Les jeunes arrêtés pendant ou après le soulèvement de janvier sont confrontés à des interrogatoires entachés par la torture, au refus d’accès à un avocat indépendant, à des aveux forcés et à des procédures expéditives. Le régime a transformé le pouvoir judiciaire en prolongement de l’appareil sécuritaire, en utilisant de larges accusations liées à la sécurité nationale pour convertir la protestation ou une sympathie politique présumée en infractions passibles de la peine de mort.
La flambée des exécutions
Les exécutions sont devenues un instrument central du pouvoir. En 2025, au moins 2 167 personnes ont été exécutées en Iran, soit plus du double du chiffre de 2024, qui s’élevait à au moins 993.² Cette hausse a coïncidé avec un approfondissement de l’instabilité politique, des protestations publiques et de l’effondrement économique.
Cette tendance s’est poursuivie en 2026. Depuis le 28 février, sous couvert de conditions de guerre, plus de 6 000 personnes ont été arbitrairement arrêtées, dont des manifestants, des journalistes, des avocats, des défenseurs des droits humains, des dissidents et des membres de minorités ethniques et religieuses. Durant la même période, au moins 39 exécutions politiques ont été menées, tandis que les poursuites expéditives, les confiscations de biens et les longues peines de prison se sont intensifiées.³
Les chiffres du mois de mai montrent l’ampleur de cette machine. Au moins 67 personnes ont été exécutées dans les prisons iraniennes au cours de ce seul mois. Cinquante de ces exécutions ont été menées sans annonce officielle, tandis que seules 17 ont été formellement reconnues. Parmi les personnes exécutées figuraient au moins une femme, neuf dissidents politiques ou manifestants arrêtés lors de récents soulèvements, ainsi que six personnes exécutées pour des accusations d’espionnage. Les prisonniers kurdes et baloutches sont demeurés particulièrement vulnérables.⁴
Les détenus de janvier et la peine de mort
Le danger immédiat le plus grave concerne les personnes arrêtées en lien avec le soulèvement de janvier 2026. Au moins 78 manifestants, dissidents et personnes ayant des liens réels ou supposés avec l’opposition demeurent sous le coup d’une condamnation à mort, dont 41 arrêtées en relation avec les manifestations de janvier. Au moins cinq étaient des enfants au moment des faits qui leur sont reprochés.⁵ En février, au moins 30 personnes risquaient déjà la peine de mort pour des infractions présumées liées au soulèvement, dont huit condamnées à mort quelques semaines seulement après leur arrestation et 22 autres, parmi lesquelles deux jeunes de 17 ans, dans des procédures marquées par des aveux forcés et le déni des droits de la défense.⁶
Les accusations utilisées contre ces détenus révèlent la nature politique du processus. Les chefs d’accusation de moharebeh, baghi et efsad-e fel-arz permettent aux tribunaux révolutionnaires de présenter la protestation comme une guerre, une rébellion ou une corruption. En pratique, ils sont devenus des outils permettant de transformer la dissidence en crime capital.
Résistance organisée et appel de Maryam Rajavi
Le régime se montre particulièrement sévère envers les prisonniers accusés de soutenir l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK), le principal mouvement d’opposition organisé à l’intérieur de l’Iran. À la prison de Sheiban, à Ahvaz, cinq prisonniers politiques — Masoud Jamei, 49 ans, Alireza Merdasi, 53 ans, Farshad Etemadifar, 31 ans, Reza Abdali, 36 ans, et Hassan Maslavi — seraient exposés à un risque imminent d’exécution. Quatre d’entre eux ont été condamnés à mort sur la base d’accusations liées à l’appartenance à l’OMPI ou au soutien à cette organisation. Leurs peines ont été prononcées et confirmées il y a plusieurs mois, mais le danger urgent est désormais qu’elles puissent être exécutées à tout moment.⁷
Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne, a appelé les Nations unies et les organisations de défense des droits humains à intervenir immédiatement pour faire annuler les condamnations à mort et sauver leurs vies. Elle a averti que de telles exécutions visent à empêcher une explosion de colère populaire avant un nouveau soulèvement.⁸ Dans son intervention de mai 2026 lors d’une conférence au Parlement du Canada, elle a replacé la vague d’exécutions dans une stratégie plus large : tout en invoquant la guerre et les menaces extérieures, le régime reste fondamentalement en guerre contre son propre peuple.⁹
Coupure d’Internet, prisons et devoir international
Le contrôle de l’information est au cœur de la répression. La coupure d’Internet de janvier a isolé les journalistes et les familles du monde extérieur, tandis qu’une coupure nationale d’Internet de 88 jours, survenue plus tard dans un contexte de guerre, a transformé l’Iran en vide informationnel et rendu le travail de reportage sûr presque impossible.¹⁰ Les détentions massives se sont accompagnées d’incarcérations au secret, de torture, d’aveux extorqués et de disparitions forcées. Les familles qui recherchent des détenus restent sans réponse ; les avocats qui contestent les abus risquent eux-mêmes de devenir des cibles.¹¹
La réponse internationale doit dépasser les préoccupations rituelles. Les priorités immédiates sont l’arrêt des exécutions politiques, l’accès aux prisonniers en danger, la divulgation du lieu de détention des détenus et l’annulation des condamnations à mort prononcées à l’issue de procès inéquitables. Les gouvernements devraient imposer des sanctions aux juges, procureurs, responsables pénitentiaires, agents du renseignement et commandants impliqués dans la torture, les aveux forcés, le refus d’accès à un avocat et les exécutions. Tout engagement avec Téhéran devrait être conditionné à un moratoire vérifiable sur les exécutions de manifestants et de prisonniers politiques. Le soulèvement de janvier a montré que la société iranienne demeure défiante. La réponse du régime a été la peur. La réponse internationale doit être la pression, la responsabilité et l’action urgente.
