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Iran : Les avocats indépendants sous pression – Partie 3

Dans la première partie de ce rapport, les tendances de la répression visant les avocats indépendants et les cas les plus significatifs impliquant des avocats poursuivis ont été examinés. La deuxième partie a analysé le rôle de l’article 48 et d’autres mécanismes utilisés pour restreindre le droit à la défense.

Les conséquences de ces politiques sont devenues plus visibles dans les cas liés aux manifestations nationales de 2025. À mesure que le nombre de détenus augmentait, les restrictions imposées aux avocats se sont intensifiées. L’exclusion des avocats indépendants des affaires liées à la sécurité, les limitations d’accès aux clients et aux dossiers, la pression exercée sur le barreau et l’inquiétude internationale croissante ont fourni une image claire de la manière dont fonctionne le mécanisme de contrôle de la défense juridique en Iran.

Cette troisième partie examine cette étape critique ; le moment où « l’ingénierie du droit à la défense » a dépassé le cadre juridique et institutionnel et a révélé ses conséquences pratiques dans le cas de milliers de détenus.

Chapitre quatre : L’Association du Barreau ; D’une institution indépendante au dernier bastion de l’indépendance juridique

Outre l’arrestation et la poursuite d’avocats indépendants, l’une des pressions les plus importantes exercées sur la communauté juridique iranienne a été l’érosion progressive de l’indépendance des barreaux. Ce processus n’a pas ciblé uniquement des avocats individuels ou des cas isolés ; elle a de plus en plus affecté les fondements institutionnels de la profession juridique elle-même.

En vertu de la loi de 1954 sur l’indépendance du barreau, les barreaux sont reconnus comme des institutions indépendantes et les avocats sont censés exercer leurs fonctions professionnelles sans ingérence du gouvernement. Toutefois, ces dernières années, une série de mesures juridiques, administratives et liées à la sécurité ont considérablement restreint cette indépendance.

Parmi les développements les plus significatifs figure le rôle croissant du pouvoir judiciaire dans la supervision de la délivrance et du renouvellement des licences d’avocat, ainsi que l’expansion des structures parallèles de services juridiques. Selon de nombreux juristes, ces évolutions ont affaibli l’indépendance de la profession juridique et accru sa dépendance à l’égard des autorités judiciaires.

Les pressions ne se limitent pas à la législation et à la réglementation. Ces dernières années, des membres des conseils d’administration du barreau, d’éminents avocats et des avocats professionnels ont également été confrontés à des convocations, à des poursuites judiciaires et à des pressions liées à la sécurité. Dans certains cas, même la défense de l’indépendance du barreau a été traitée comme une question de sécurité.

L’importance de cette tendance s’étend bien au-delà de la profession juridique elle-même. L’indépendance des avocats et des barreaux constitue une condition préalable fondamentale à un procès équitable. Plus cette indépendance est restreinte, moins les citoyens ont accès à une représentation juridique efficace.

Pour cette raison, de nombreux juristes considèrent la pression sur les barreaux et la pression sur les avocats indépendants comme deux dimensions d’une même politique ; l’une visait à limiter la capacité de défense juridique indépendante contre les institutions sécuritaires et judiciaires.

Dans ces circonstances, le Barreau est devenu l’une des dernières institutions juridiques indépendantes en Iran ; une institution dont l’avenir est directement lié à la capacité des citoyens à accéder à un avocat indépendant et à bénéficier des garanties d’un procès équitable.

Chapitre cinq : Les manifestations nationales de 2025 ; Là où l’ingénierie du droit à la défense est devenue visible

Si l’arrestation d’avocats indépendants, l’article 48, et les pressions exercées sur le barreau peuvent être compris comme des indicateurs distincts d’une politique plus large, alors les cas découlant des manifestations nationales de 2025 représentent le point de convergence de tous ces éléments et révèlent comment cette politique fonctionne dans la pratique.

Les manifestations nationales de 2025 se sont accompagnées d’une vague d’arrestations massives. Dans de telles circonstances, les familles des détenus ont plus que jamais besoin d’une représentation juridique indépendante. Pourtant, les informations recueillies à partir des affaires survenues au cours de cette période indiquent que des restrictions sans précédent ont été imposées aux avocats, précisément au moment où la demande de défense juridique était à son plus haut niveau.

5.1. Des avocats qui n’ont jamais été autorisés à intervenir dans le dossier

Selon les informations reçues de plusieurs villes, aucun avocat indépendant n’a jusqu’à présent été en mesure de représenter formellement les personnes accusées dans des affaires dites liées à la sécurité liées aux manifestations et aux arrestations qui ont suivi à l’échelle nationale.

Cette question est importante pour plusieurs raisons.

Dans de nombreuses affaires politiques antérieures, les autorités ont cherché à restreindre le choix des avocats, mais n’ont pas entièrement nié la présence d’avocats. Dans les cas liés aux manifestations de 2025, des rapports indiquent que, dans de nombreux cas, même l’entrée initiale d’avocats indépendants dans la procédure a été empêchée.

En d’autres termes, la question s’étendait au-delà de la sélection des avocats ; l’accès à une représentation juridique indépendante lui-même a été entravé.

Certains avocats ont rapporté qu’en tentant d’accepter d’être représentés ou de s’enquérir du statut de leurs clients, ils ont été confrontés à des traitements dégradants, des insultes, des menaces ou des pressions de la part des parquets et des tribunaux révolutionnaires. Dans certains cas, les avocats ont été effectivement exclus des procédures avant de pouvoir commencer à assurer leur défense.

5.2. Les manifestations de 2025 et les restrictions accrues sur l’accès à un avocat

Les manifestations nationales de 2025 ont non seulement augmenté le nombre de détenus, mais ont également intensifié les restrictions existantes sur l’accès à une représentation juridique. Les rapports sur des cas liés aux manifestations indiquent que de nombreux détenus se sont vu refuser un accès rapide et effectif aux avocats de leur choix, alors que les procédures judiciaires se déroulaient dans un environnement extrêmement sécurisé.

Des estimations indépendantes évaluent à plus de 50 000 le nombre de personnes arrêtées lors des manifestations à l’échelle nationale. Dans le même temps, les experts des Nations Unies et les mécanismes des droits de l’homme ont exprimé leur inquiétude face aux arrestations arbitraires généralisées, au refus d’accès à un avocat, à la détention prolongée dans des centres de sécurité et aux informations faisant état de disparitions forcées. Ils ont averti que, dans de nombreux cas, les familles ne savaient toujours pas où se trouvaient les détenus et qu’il leur manquait un accès effectif à des avocats ou un contrôle indépendant des procédures de détention et d’interrogatoire.

Dans de telles circonstances, la question des avocats indépendants n’est pas seulement une préoccupation professionnelle ou professionnelle. Dans des cas impliquant des dizaines de milliers de détenus, des allégations de torture, des aveux forcés, des détentions arbitraires et d’éventuelles disparitions forcées, l’accès à un avocat indépendant est devenu l’une des garanties les plus importantes pour la protection des droits fondamentaux. C’est précisément au cours de cette période que se sont intensifiées les pressions sur les avocats, les restrictions d’accès aux dossiers et l’exclusion des avocats indépendants des procédures judiciaires.

Un examen des affaires de cette période démontre que les restrictions découlant de l’article 48, les pressions exercées sur les avocats indépendants et les obstacles à l’accès aux dossiers ont fonctionné simultanément et se sont renforcés les uns les autres. En conséquence, de nombreuses familles se sont retrouvées confrontées aux tribunaux révolutionnaires et aux institutions de sécurité tout en étant privées d’un véritable accès à une défense juridique indépendante.

Du point de vue des droits de l’homme, cette situation est particulièrement significative. Les allégations de torture, d’aveux forcés, de détention prolongée et de violations des droits des accusés surviennent souvent précisément au moment où l’accès à un avocat est le plus critique. Pourtant, les éléments disponibles indiquent que les restrictions imposées aux avocats se sont intensifiées précisément à ce stade.

Pour cette raison, la répression contre les avocats et les restrictions à l’accès à un avocat ne peuvent être considérées comme un simple sous-produit des manifestations. Au contraire, ils faisaient partie d’un mécanisme plus large qui réduisait le contrôle indépendant de la détention, des interrogatoires et des procédures judiciaires.

Dans la pratique, les manifestations de 2025 sont devenues le moment où toutes les composantes du mécanisme de contrôle juridique et défensif étaient simultanément visibles ; de l’exclusion des avocats indépendants et de l’application de l’article 48 aux restrictions sur les dossiers et à la conduite des procès dans un environnement dominé par la sécurité.

Mashhad : Même les avocats visés par l’article 48 ont été confrontés à des restrictions

L’une des conclusions les plus significatives concernant les cas liés aux manifestations a émergé à Mashhad.

Selon les informations disponibles, même certains avocats agréés au titre de l’article 48 se sont heurtés à de sérieux obstacles pour accéder aux dossiers et accepter d’être représentés.

Cette conclusion est importante car l’article 48 a été conçu à l’origine pour restreindre le choix de l’avocat des accusés et remplacer les avocats indépendants par une liste approuvée par le pouvoir judiciaire. Pourtant, dans certains cas liés aux manifestations, les restrictions s’étendaient même au-delà de ce cadre.

Si même les avocats agréés ne sont pas en mesure de participer efficacement à la procédure, une question importante se pose :

Quel est le véritable objectif de ces restrictions ?

La question concerne-t-elle simplement la sélection d’un avocat, ou la présence d’une défense juridique significative dans les affaires sensibles liées à la sécurité est-elle restreinte ?

Téhéran : un avocat existe, mais le dossier n’est pas accessible

Des informations similaires ont émergé de Téhéran.

Selon les rapports disponibles, certains avocats visés par l’article 48 impliqués dans des affaires liées aux manifestations se sont vu refuser un accès complet à tous les documents et preuves contenus dans les dossiers.

Cela représente l’une des dimensions les moins discutées de la violation des droits de la défense en Iran.

De nombreux débats juridiques se concentrent sur le droit de choisir un avocat. Pourtant, l’accès aux dossiers est un élément indissociable d’une défense juridique efficace. Un avocat qui n’a pas accès au contenu complet d’un dossier, aux rapports d’enquête, aux preuves à l’appui des accusations et à la documentation connexe est effectivement privé de la capacité de fournir une représentation complète.

Dans de telles circonstances, la présence d’un conseiller juridique risque de devenir symbolique plutôt que substantielle.

Essais menés dans un environnement dominé par la sécurité

Un examen des causes liées aux manifestations nationales de 2025 indique que de nombreuses procédures se sont déroulées dans une atmosphère fortement sécurisée. Les familles et les avocats ont signalé un manque de transparence, des difficultés à obtenir des informations sur les affaires, des restrictions de communication avec les accusés et une incertitude entourant les procédures judiciaires.

Dans un tel environnement, le droit à la défense, qui devrait constituer l’une des principales garanties d’un procès équitable, est progressivement affaibli. Un accusé qui ne peut pas choisir librement un avocat, un avocat qui ne peut pas participer à l’affaire et un avocat qui n’a pas accès à l’intégralité du dossier sont tous des éléments d’une même chaîne.

De la répression des manifestants à la répression de leurs défenseurs

L’une des caractéristiques déterminantes des manifestations nationales de 2025 était que la pression s’étendait au-delà des détenus eux-mêmes. À mesure que les arrestations se multipliaient, les pressions s’intensifiaient également contre ceux qui étaient capables de les défendre.

L’arrestation d’avocats indépendants, les restrictions d’accès aux clients, la mise en œuvre de l’article 48 et les limitations d’accès aux dossiers ont collectivement formé un mécanisme qui a réduit le contrôle indépendant de la détention, des interrogatoires et des procédures judiciaires.

Pour cette raison, les manifestations de 2025 peuvent être considérées comme le test le plus important du droit à la défense de ces dernières années ; une période au cours de laquelle toutes les composantes du mécanisme de contrôle juridique et de défense, depuis l’exclusion des avocats indépendants jusqu’aux restrictions d’accès aux dossiers, sont devenues simultanément visibles.

Chapitre six : Réponses de la communauté juridique et des organisations internationales

La répression contre les avocats indépendants en Iran n’est pas passée inaperçue au niveau international. Ces dernières années, les Nations Unies, les organisations juridiques internationales et les associations professionnelles du barreau ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes concernant les arrestations, les poursuites et les restrictions imposées aux avocats en Iran.

Un principe commun sous-tend ces préoccupations : les avocats ne devraient pas être poursuivis ou punis pour avoir exercé leurs fonctions professionnelles, notamment la représentation de prisonniers politiques, de manifestants, de journalistes, de militants de la société civile ou de familles en quête de justice.

Ce principe se reflète dans les normes internationales régissant l’indépendance de la profession juridique et dans les Principes fondamentaux des Nations Unies relatifs au rôle du barreau.

6.1. Les Nations Unies : mise en garde contre l’érosion des droits de la défense en Iran

Entre 2024 et 2026, divers mécanismes des Nations Unies ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes concernant la situation des avocats indépendants et l’accès à un conseil juridique en Iran.

Mai Sato, rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran, a souligné les restrictions croissantes imposées aux avocats, aux militants de la société civile et aux détenus politiques. Elle a averti que de nombreux détenus se voient refuser un accès effectif aux avocats de leur choix et s’est dite préoccupée par la pression croissante exercée sur les défenseurs des droits humains et les individus qui documentent les violations des droits humains.

La Mission d’établissement des faits des Nations Unies a également identifié des schémas récurrents de violations du droit à un procès équitable, notamment des restrictions à l’accès à un avocat, le recours à des aveux obtenus sous la contrainte, le refus de tout contact familial et des procédures judiciaires qui ne respectent pas les normes internationales.

De même, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire et d’autres mécanismes de défense des droits de l’homme ont souligné à plusieurs reprises qu’un accès rapide et sans entrave à un avocat indépendant est un élément fondamental d’un procès équitable et que priver les accusés de ce droit peut porter atteinte à la légitimité de l’ensemble du processus judiciaire.

6.2. La communauté juridique internationale : défendre l’indépendance de la profession juridique

Outre les Nations Unies, plusieurs organisations juridiques et professionnelles respectées ont réagi à la situation des avocats en Iran.

Le Conseil des barreaux européens, Lawyers for Lawyers, l’Association internationale du barreau et la Commission internationale de juristes ont appelé à plusieurs reprises à mettre fin aux arrestations et aux poursuites contre les avocats indépendants en Iran.

Ces organisations ont souligné que les avocats ne devraient pas être poursuivis pour avoir exercé leurs responsabilités professionnelles, notamment en représentant des prisonniers politiques, des manifestants, des journalistes, des militants de la société civile et des familles en quête de justice.

Une partie importante de ces préoccupations concerne l’article 48 du Code de procédure pénale et la restriction du droit de choisir librement un avocat. Selon ces organisations, l’indépendance de la profession juridique et le droit de choisir un avocat sont des éléments fondamentaux d’un procès équitable, et les restrictions structurelles imposées à ces droits compromettent l’équilibre entre les citoyens et le système judiciaire.

6.3. Conflit avec les normes internationales

La pression exercée sur les avocats indépendants en Iran n’est pas seulement une question professionnelle. Cela est contraire à une série de normes internationales en matière de droits de l’homme, notamment l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et les Principes fondamentaux des Nations Unies relatifs au rôle du barreau.

Selon ces normes, les avocats doivent être en mesure d’exercer leurs fonctions professionnelles sans menaces, intimidations, pressions ou poursuites. Les citoyens doivent également jouir du droit de choisir librement un avocat et d’avoir un accès effectif à une défense juridique.

Les cas examinés dans ce rapport démontrent un écart important entre ces normes internationales et la réalité iranienne ; un écart qui est devenu encore plus apparent à la suite des manifestations nationales de 2025.

Conclusion :De l’exclusion des avocats au contrôle des procédures judiciaires

Un examen des cas documentés entre 2024 et 2026 démontre que les pressions exercées sur les avocats indépendants en Iran ne peuvent pas être comprises comme un ensemble d’incidents isolés ou de décisions ad hoc.

L’arrestation d’avocats indépendants, les poursuites liées à la sécurité, la suspension ou la révocation des licences d’avocat, les restrictions d’accès aux clients, l’application de l’article 48, les limitations d’accès aux dossiers et les pressions exercées sur les barreaux forment tous des éléments d’un même modèle.

Cette tendance est devenue particulièrement visible après les manifestations nationales de 2025. À une époque où des milliers de personnes faisaient face à des accusations liées à la sécurité et où le besoin d’une défense juridique indépendante était plus grand que jamais, les restrictions imposées aux avocats et aux droits de la défense se sont également intensifiées.

Les conclusions de ce rapport indiquent que l’objectif de ces mesures n’est pas simplement de punir une poignée d’éminents avocats. Ce qui s’est produit dans la pratique, c’est plutôt une restriction de la capacité de la société à accéder à une défense juridique indépendante et à maintenir un contrôle juridique sur les institutions sécuritaires et judiciaires.

Pour cette raison, la répression contre les avocats indépendants doit être comprise comme faisant partie de l’architecture plus large de la répression politique en Iran ; une architecture dans laquelle le contrôle des accusés, le contrôle de l’information et le contrôle de la défense juridique sont poursuivis simultanément.

Les cas de Mohammad Najafi, Taher Naghavi, Khosrow Alikordi, Mohammadreza Faghihi, Shima Ghoosheh et de dizaines d’autres avocats ne représentent qu’une partie de ce schéma plus large. Les affaires collectives à Mashhad, Rasht, Shiraz et Yazd, ainsi que les restrictions imposées dans les poursuites liées aux manifestations démontrent que la répression contre les avocats a évolué au-delà des poursuites contre des individus et est devenue une politique structurelle.

En fin de compte, les développements en Iran au cours des dernières années peuvent être compris comme un effort visant à mettre en place le droit à la défense ; un processus dans lequel la représentation juridique indépendante n’est pas formellement abolie mais est progressivement restreinte, dirigée et contrôlée. Les conséquences d’un tel processus s’étendent au-delà des avocats eux-mêmes et touchent tous les citoyens qui comptent sur un avocat indépendant lorsqu’ils sont confrontés au système judiciaire.

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