“Nous, prisonniers politiques survivants, sommes témoins de ce qui s’est passé dans la prison de Qezel Hesar, une journée marquée non seulement par un bain de sang, mais aussi par une brutalité extraordinaire, des humiliations et des violations flagrantes des droits de l’homme ; l’un des jours les plus sombres de notre vie. Ce jour-là, chacun de nos droits fondamentaux, du droit à la vie et à la dignité humaine, à la santé et à un procès équitable, a été ouvertement et violemment bafoué. “
—Extrait du témoignage de prisonniers politiques ayant survécu au « Samedi sanglant de Qezel Hesar »
À la suite de la répression des manifestations nationales de janvier 2026, un certain nombre de personnes arrêtées ont été transférées au quartier 37, unité 3 de la prison de Qezel Hesar. Les conditions qui règnent dans ce quartier de haute sécurité indiquent que sa finalité va bien au-delà de la privation de liberté. La combinaison de restrictions sévères, des méthodes par lesquelles le quartier est administré et du traitement des détenus indique un mécanisme structuré conçu pour isoler les prisonniers, maintenir une pression psychologique constante, contrôler étroitement la communication et éroder systématiquement la résilience physique et mentale des personnes détenues.
De nombreux détenus dans ce quartier font face à des accusations de sécurité nationale largement définies et passibles de peines sévères, y compris le risque d’être condamnés à mort. Dans le même temps, les procédures judiciaires se déroulent dans un environnement de secret et de sécurité extrêmes. Dans de nombreux cas, les familles se retrouvent sans informations fiables sur le statut juridique de leurs proches, sur l’avancement des enquêtes, sur les audiences prévues au tribunal ou même sur leur état de santé général. Cette incertitude prolongée, combinée aux difficultés de la détention elle-même, est devenue une forme supplémentaire de punition imposée aux détenus.
Les familles subissent également une souffrance psychologique continue. Les appels téléphoniques sont brefs et peu fréquents, les visites sont limitées à de courtes réunions en cabine et le flux d’informations est étroitement contrôlé. Restreindre les contacts avec les proches n’est pas une simple mesure administrative ; cela sert à intensifier la pression psychologique sur les détenus tout en réduisant simultanément la capacité des familles et du public à surveiller leur état ou à demander des comptes.
Les détenus sont détenus dans des conditions de surpopulation sévère, d’espace de couchage insuffisant, d’accès limité aux soins médicaux et aux installations sanitaires, de surveillance constante et de contrôles de sécurité omniprésents. Pour beaucoup d’entre eux, des mois d’interrogatoires, d’isolement cellulaire et de pressions sécuritaires soutenues ont précédé leur transfert à Qezel Hesar. Leur relocalisation dans le quartier 37 ne représente donc pas la fin de la répression, mais la poursuite du même cycle de coercition au sein du système pénitentiaire.
Quartier 37 : un établissement de haute sécurité conçu pour isoler les détenus protestataires
Le quartier 37, unité 3, est situé à côté du quartier 35 – communément appelé « quartier sécurisé » – et a été désigné pour les détenus arrêtés lors des manifestations nationales de janvier 2026. La concentration de ces détenus dans un quartier distinct de haute sécurité a considérablement limité leurs contacts avec les autres prisonniers, leur capacité à échanger des informations et même leur communication régulière avec les membres de leur famille. Cette séparation n’est pas simplement un arrangement administratif ou protecteur ; il fonctionne plutôt dans le cadre d’une stratégie de sécurité plus large visant à priver les détenus de soutien extérieur, de solidarité collective et de libre circulation de l’information.
Les détenus ne sont autorisés qu’à un bref appel téléphonique par semaine, tandis que les visites familiales sont limitées à de courtes réunions en cabine menées sous étroite surveillance. Ces restrictions, combinées à un contrôle strict des déplacements et des communications, imposent une pression psychologique importante à la fois aux détenus et à leurs familles, tout en limitant considérablement la possibilité de transmettre des informations sur les conditions de détention à l’intérieur du quartier.
Dans le même temps, une grave surpopulation, un espace de couchage insuffisant, une mauvaise ventilation, des installations médicales et sanitaires inadéquates et un accès restreint aux produits de première nécessité ont créé des conditions de vie difficiles. De nombreux détenus sont entrés dans le quartier 37 après avoir enduré des mois de détention, d’interrogatoire et de pressions de sécurité, et continuent de subir une détérioration physique et psychologique continue.
Le modèle opérationnel observé dans le quartier 37 correspond étroitement aux pratiques documentées par la Mission d’établissement des faits des Nations Unies sur l’Iran et le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran. Selon ces rapports, l’isolement prolongé, les restrictions des contacts familiaux, les limitations de l’accès à l’information et la pression psychologique soutenue ne sont pas de simples conséquences fortuites de l’emprisonnement ; ils constituent plutôt des mécanismes destinés à affaiblir la résistance des détenus et à accroître leur vulnérabilité à une nouvelle coercition.
La violence comme mécanisme de répression
Les conditions qui prévalent dans le quartier 37 vont bien au-delà des restrictions imposées aux contacts familiaux ou des conditions de vie inadéquates. Les témoignages de prisonniers et les rapports documentés provenant de la prison de Qezel Hesar indiquent que la violence, l’intimidation et la coercition soutenue font partie intégrante de l’administration de ce quartier de haute sécurité. Toute tentative par un détenu de protester contre les conditions de détention, de demander un traitement médical, de s’opposer aux restrictions imposées ou simplement de faire valoir ses droits fondamentaux peut être sanctionnée par des passages à tabac, un transfert à l’isolement ou des mesures punitives supplémentaires.
Cette tendance est devenue particulièrement évidente lors de l’assaut à grande échelle mené par les gardiens de prison contre le quartier des prisonniers politiques le 26 juillet 2025, un incident largement qualifié par les prisonniers de « samedi sanglant de Qezel Hesar ». Au cours de l’opération, des dizaines de gardiens masqués, accompagnés de hauts responsables de la prison, ont pris d’assaut le quartier et agressé les détenus à coups de poing, de pied, de matraque et d’insultes verbales dégradantes. Les prisonniers ont été menottés dans le dos, traînés sur le sol, projetés contre les murs et transférés à l’isolement malgré leurs blessures graves. Les témoignages décrivent de graves gonflements du visage, des saignements, des fractures, des blessures au genou et au dos, ainsi que de multiples blessures résultant de coups répétés portés par le personnel pénitentiaire.
Quelques mois plus tard, dans la soirée du 29 mars 2026, des gardiens de prison sont à nouveau entrés dans le quartier des prisonniers politiques sous prétexte d’effectuer une inspection de routine. Une fois les prisonniers expulsés de leurs cellules, six prisonniers politiques ont été séparés des autres pour être transférés avant leur exécution. Lorsque les codétenus ont protesté, les gardiens ont répondu par une nouvelle vague de violence, battant de nombreux détenus avant de transférer plusieurs d’entre eux à l’isolement. L’opération a démontré que la violence physique n’était pas simplement une réaction à la résistance mais faisait partie d’un système plus large de contrôle exercé au sein de la prison.
La répétition de ces raids, combinée aux passages à tabac, aux menaces, aux humiliations, aux intimidations prolongées et au déni des droits fondamentaux, a créé un environnement de peur constante. Les prisonniers sont soumis non seulement à des violences physiques, mais également à une pression psychologique continue destinée à éroder leur résilience, à détruire tout sentiment de sécurité et à décourager la résistance collective.
Les conditions documentées dans le quartier 37 ressemblent beaucoup aux modèles identifiés dans les rapports publiés par les Nations Unies concernant le traitement des détenus protestataires en Iran. L’isolement prolongé, les restrictions sévères des contacts familiaux, la violence physique, les menaces constantes et la création délibérée d’un climat de peur constituent un système capable de briser progressivement la résistance psychologique d’un détenu. Les mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies ont averti à plusieurs reprises que de telles conditions augmentent considérablement le risque de coercition, y compris l’extraction d’aveux forcés et la fabrication de accusations criminelles contre les détenus.
Les responsables de la répression : le rôle de Qasem Sahraei et des responsables des prisons

Parmi les nombreux témoignages provenant de la prison de Qezel Hesar, le nom de Qasem Sahraei apparaît plus fréquemment que celui de tout autre gardien de prison. Anciennement connu comme officier supérieur de service à Rajai Shahr, il a continué à servir après son transfert à Qezel Hesar en tant qu’officier adjoint et officier de service de l’unité 3, où il est devenu l’un des principaux responsables de la mise en œuvre des mesures de sécurité et de la violente répression contre les détenus.
De multiples témoignages de prisonniers indiquent que son rôle s’étend bien au-delà du contrôle administratif. Selon les survivants, Sahraei a personnellement participé à des descentes dans les quartiers de la prison, à des agressions physiques contre des détenus, à des transferts forcés à l’isolement et à des intimidations de prisonniers. Des témoins affirment qu’il escortait fréquemment des détenus vers des zones hors de la couverture des caméras de surveillance de la prison, où ils étaient soumis à des passages à tabac accompagnés de violences verbales, d’humiliations et de menaces.
Dans une lettre ouverte, un prisonnier politique a déclaré avoir été menacé par des Sahraéiens avecviol collectif. Après la publication de cette lettre, les agents pénitentiaires auraient fait irruption dans la cellule du prisonnier et l’auraient soumis à une nouvelle agression grave. D’autres détenus ont témoigné plus tard que la pression exercée sur sa gorge pendant l’attaque était si intense qu’ils ont cru pendant plusieurs instants qu’il ne survivrait pas.
Les rapports indiquent en outre que le comportement violent des Sahraei ne s’est pas limité aux prisonniers politiques. les prisonniers reconnus coupables d’infractions non politiques ont également décrit des incidents répétés de violences physiques et de traitements dégradants. Néanmoins, son rôle dans les opérations visant les détenus arrêtés lors des manifestations à l’échelle nationale a été particulièrement important.
Lors des événements connus sous le nom de « Samedi sanglant de Qezel Hesar », les prisonniers ont témoigné que les Sahraei encourageaient ouvertement les gardiens à intensifier la violence. Selon plusieurs témoignages indépendants, il aurait crié à plusieurs reprises :
“Nous allons tuer chacun d’entre vous.”
Lorsque plusieurs prisonniers ont protesté contre cette brutalité, des témoins ont rapporté qu’il a répondu :
“Oui, nous le faisons et nous vous ferons tous disparaître.”
Dans un autre récit de la même opération, des prisonniers ont rappelé que pendant que plusieurs détenus étaient emmenés pour exécuter des condamnations à mort, Sahraei criait :
“Oui, nous serons partis un jour, mais avant cela, nous en finirons avec chacun d’entre vous.”
Sahraei n’était pas le seul responsable identifié par les prisonniers. Les témoignages mentionnent également à plusieurs reprises Allah-Karam Azizi, le gouverneur de la prison de Qezel Hesar ; Hassan Ghobadi, sous-gouverneur ; Esmail Farajnejad, adjoint aux affaires sanitaires de la prison ; Kamareh’i, chef du Bureau de protection des renseignements dans les prisons ; et Ashrafabadi, un autre haut responsable de la protection des renseignements. Les prisonniers identifient ces individus comme des responsables présents lors de violentes descentes, de transferts forcés et d’opérations de sécurité menées à l’intérieur de la prison.
L’apparition répétée de ces noms dans les témoignages indépendants de prisonniers ne suggère pas des actes isolés de mauvaise conduite individuelle. Il souligne plutôt l’existence d’une structure institutionnelle organisée dans laquelle la violence, l’intimidation, l’isolement et le déni des droits fondamentaux sont systématiquement utilisés comme instruments pour contrôler les détenus, briser leur résistance et semer la peur parmi les personnes arrêtées lors des manifestations à l’échelle nationale.
Évaluation juridique : un modèle systématique de répression
Les éléments de preuve concernant les conditions de vie dans le quartier 37, unité 3 de la prison de Qezel Hesar, étayés par des témoignages de prisonniers et des rapports documentés, ne font pas état de violations isolées ou sporadiques des droits des détenus. Elle révèle plutôt un modèle cohérent et systématique dans lequel l’isolement, le refus de tout contact familial, la violence physique, l’intimidation, la coercition psychologique et l’incertitude juridique prolongée sont utilisés simultanément comme instruments de contrôle sur les personnes arrêtées lors des manifestations nationales de janvier 2026.
Les conclusions de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits des Nations Unies sur la République islamique d’Iran, ainsi que les rapports publiés par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran, ont systématiquement identifié l’isolement prolongé et la détention dans des établissements de haute sécurité comme des méthodes utilisées pour affaiblir la résilience psychologique des détenus, rompre leurs liens avec le monde extérieur et créer des conditions propices à une coercition accrue. Ces mécanismes ont averti que la restriction de l’accès aux membres de la famille, aux conseils juridiques et à un contrôle indépendant expose les détenus à un risque accru de torture, de coercition et d’autres formes de mauvais traitements.
Dans ce contexte, les restrictions sévères imposées aux contacts familiaux dans le quartier 37 représentent bien plus que les réglementations carcérales ordinaires. En isolant les détenus de leurs proches et en limitant la circulation des informations, les autorités soumettent les détenus et leurs familles à une pression psychologique soutenue. Les familles sont privées d’informations fiables sur le bien-être de leurs proches et sont souvent incapables d’engager des recours juridiques efficaces ou de mobiliser l’attention du public. Dans le même temps, les détenus restent dans un environnement caractérisé par l’incertitude, l’isolement et la peur.
Les mécanismes internationaux des droits de l’homme ont averti à plusieurs reprises que de telles conditions créent un environnement dans lequel les aveux forcés deviennent considérablement plus probables. L’isolement prolongé, les violences physiques, l’intimidation, l’épuisement psychologique et le refus d’un accès significatif à une représentation juridique ont été identifiés comme des méthodes récurrentes utilisées pour contraindre les détenus à faire des déclarations auto-incriminantes qui peuvent ensuite être invoquées au cours d’une procédure pénale ou diffusées publiquement par les médias contrôlés par l’État.
Le recours répété à la violence physique, aux menaces de mort, aux transferts à l’isolement et au déni des droits fondamentaux est également incompatible avec les obligations de l’Iran en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ainsi qu’avec l’Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des prisonniers (les Règles Nelson Mandela). Ces normes exigent que toutes les personnes privées de liberté soient traitées avec humanité et dignité et interdisent la torture et toutes les formes de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Considérées dans leur ensemble, les conditions documentées dans le quartier 37 sont cohérentes avec le modèle plus large décrit par les organismes de défense des droits de l’homme des Nations Unies concernant le traitement des manifestants détenus en Iran. Les arrestations, l’isolement prolongé, la coercition psychologique, la violence physique, les communications restreintes et les procédures judiciaires opaques ne fonctionnent pas comme des incidents distincts mais comme des éléments interconnectés d’un appareil de sécurité plus large conçu pour réprimer la dissidence, affaiblir la résistance et faciliter des résultats judiciaires sévères.
Conclusion
Le quartier 37, unité 3 de la prison de Qezel Hesar n’est pas simplement une autre section de haute sécurité du système pénitentiaire. Il est devenu l’un des principaux lieux de détention des personnes arrêtées lors des manifestations nationales de janvier 2026, où l’isolement, de sévères restrictions des contacts familiaux, une pression physique et psychologique soutenue, une violence organisée et une incertitude juridique prolongée sont imposés simultanément.
Les témoignages de prisonniers, les récits de descentes violentes et le rôle documenté des responsables pénitentiaires indiquent que l’objectif de ce système s’étend au-delà de la seule détention. Cela crée un environnement dans lequel la résistance des détenus s’érode progressivement, leurs contacts avec le monde extérieur sont rompus et les conditions d’une coercition accrue sont établies. Dans de telles circonstances, les risques de torture, de traitements cruels ou inhumains, d’aveux forcés et d’imposition de peines sévères, y compris la peine de mort, deviennent des préoccupations immédiates et fondées.
Cette tendance démontre que la répression des manifestants détenus ne s’arrête pas à l’arrestation. Cela se poursuit à l’intérieur de la prison grâce à des mécanismes de sécurité conçus pour isoler, intimider et briser les détenus.
Garder le silence sur la situation des personnes détenues dans le quartier 37 revient à négliger l’une des étapes les plus critiques du cycle de répression post-manifestation. Les mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies, le rapporteur spécial sur les droits de l’homme en Iran, la mission internationale indépendante d’établissement des faits et d’autres organismes internationaux compétents doivent placer le quartier 37 et le sort de ses détenus sous examen de toute urgence. Ils doivent exiger la protection immédiate de tous les détenus, un accès sans restriction à un avocat et à des soins médicaux, des contacts familiaux réguliers et des enquêtes indépendantes sur les allégations de torture, de violence, d’aveux forcés et d’autres violations graves des droits humains.
