Des moyens de subsistance sous pression à cause de la guerre, de l’inflation et de la répression
La Journée mondiale de l’aide humanitaire est célébrée chaque année le 19 août à la mémoire des 22 travailleurs humanitaires tués lors de l’attaque du 19 août 2003 contre le siège des Nations Unies à l’hôtel Canal à Bagdad. Cette occasion souligne la nécessité de protéger les civils et le personnel humanitaire, et de défendre la dignité humaine dans les conflits armés et autres situations d’urgence. (Nations Unies et Bureau de la coordination des affaires humanitaires, page officielle de la Journée mondiale de l’aide humanitaire)
En Iran, cette occasion survient à un moment où la crise des moyens de subsistance affecte directement la capacité des civils à obtenir de la nourriture, de l’eau, de l’électricité, des médicaments et un logement. En juillet 2026, l’inflation sur un an s’élevait à 87,9 pour cent, tandis que l’inflation des produits alimentaires et des boissons atteignait 128,1 pour cent. Dans le même temps, le salaire de base minimum légal ne couvrait qu’environ 38,8 pour cent du panier estimé du coût de la vie pour un ménage qui travaille. Ce rapport examine l’impact combiné de la guerre, des sanctions, de la politique économique et de la réponse sécuritaire aux manifestations liées aux moyens de subsistance. (Centre statistique d’Iran/IRNA, 29 juillet 2026 ; IRNA, 16 mars 2026 ; ILNA, 24 mars 2026)
L’impact de la guerre sur la vie quotidienne
La guerre qui a débuté le 28 février 2026 a intensifié la pression existante sur les marchés des biens et des devises en perturbant les transports et le commerce, en compliquant le financement et l’assurance des importations, en endommageant les infrastructures et en augmentant l’incertitude. Les données disponibles ne permettent cependant pas d’attribuer chaque augmentation des prix à la guerre. La Banque mondiale a indiqué que l’inflation alimentaire sur 12 mois avait déjà atteint 98 % en février 2026, avant que tous les effets de la guerre n’aient pu se refléter. La guerre a donc aggravé une crise qui s’était déjà développée sous les effets conjugués d’une inflation chronique, de sanctions financières et commerciales, de pénuries de devises et de décisions économiques nationales. (Banque mondiale, 20 avril et 22 mai 2026)
« La pauvreté devrait augmenter en raison de la forte inflation alimentaire, des pénuries d’importations et d’autres chocs liés au conflit. »
Banque mondiale, Iran Macro Poverty Outlook, avril 2026
Cette distinction est nécessaire pour l’analyse des droits de l’homme. Les dégâts de guerre, les restrictions résultant des sanctions et la politique intérieure n’ont pas les mêmes causes. Toutefois, dans les trois cas, les autorités sont tenues de surveiller les effets prévisibles sur l’alimentation, l’eau, le logement, les soins de santé et les revenus des ménages, d’orienter une aide ciblée vers les groupes vulnérables et de publier les informations nécessaires de manière transparente.
Les moyens de subsistance sur le point de s’effondrer
A. Inflation et érosion du pouvoir d’achat
En juillet 2026, le prix d’un panier fixe de biens et services pour les ménages était en moyenne 87,9 pour cent plus élevé qu’en juillet de l’année précédente. La pression sur la nourriture était plus forte. Les augmentations d’une année sur l’autre ont atteint 261,5 pour cent pour les huiles et graisses, 147,1 pour cent pour le lait, le fromage et les œufs, 145,2 pour cent pour la viande rouge et blanche et les produits connexes, et 116,7 pour cent pour le pain et les céréales. La catégorie de l’eau, de l’électricité et des combustibles a également enregistré une augmentation d’une année sur l’autre de 115,8 pour cent. (Centre statistique d’Iran, rapport sur l’indice des prix à la consommation de juillet 2026, publié le 29 juillet 2026)
Le Conseil suprême du travail a fixé le salaire de base minimum mensuel pour 2026/27 à 16,625 millions de tomans. Le Comité des salaires avait estimé le panier de vie d’un ménage actif moyen à 42,9 millions de tomans. Le salaire de base ne couvrait donc qu’environ 38,8 pour cent de ce panier, même avant la flambée des prix qui a suivi en juillet. (IRNA, 16 mars 2026 ; ILNA, 24 mars et 25 juillet 2026)
Selon des informations vérifiées reçues, en août 2026, certaines variétés de riz iranien coûtaient entre 450 000 et 550 000 tomans par kilogramme, tandis qu’un kilogramme de fromage Liqvan coûtait environ 1,7 million de tomans. Pour un travailleur gagnant environ 21 millions de tomans par mois, un kilogramme de ce fromage absorbait plus de deux jours de revenu quotidien. Dans des cas documentés, les factures d’eau ou d’électricité qui s’élevaient auparavant à environ 300 000 tomans sont passées entre 800 000 et un million de tomans.
B. Conséquences humaines observables
L’écart entre le salaire de base et le panier du coût de la vie signifie que, avant même que le loyer, les soins de santé, les transports et l’éducation ne soient intégralement payés, le revenu légal d’un travailleur au salaire minimum est insuffisant pour couvrir les dépenses du ménage utilisées dans l’estimation. Dans ces conditions, une multiplication par plus du double du coût des denrées alimentaires limite également la possibilité de remplacer des produits moins chers, car les augmentations de prix ne se limitent pas à un ou deux produits et affectent simultanément l’huile, les produits laitiers, la viande et le pain.
Les informations reçues indiquent également qu’environ 500 000 travailleurs du bâtiment ont perdu leur couverture d’assurance sur une période de cinq ans. Ce chiffre, communiqué par les représentants des associations professionnelles de travailleurs, oblige l’Organisation de sécurité sociale à publier des données désagrégées. Si elle était officiellement confirmée, la suppression de la couverture d’assurance pendant une période de hausse des coûts des soins de santé et d’insécurité de l’emploi augmenterait encore la vulnérabilité des ménages qui travaillent.
C. Protestations contre la hausse des prix et réponse sécuritaire
Les manifestations du 28 décembre 2025 ont débuté au Grand Bazar de Téhéran en réponse à l’effondrement de la valeur du rial et à la hausse du coût de la vie, avant de s’étendre aux universités et à d’autres villes. Le 30 décembre, le Gouvernement a parlé de dialogue, mais la réponse qui a suivi a consisté en des arrestations massives, des coupures de communications et des poursuites pour atteinte à la sécurité nationale. Le 23 janvier 2026, la mission d’établissement des faits des Nations Unies a déclaré que plus de 24 000 personnes, dont des enfants, des journalistes et des défenseurs des droits humains, auraient été arrêtées. Ce chiffre concerne la vague de protestation hivernale et ne doit pas être ajouté à l’estimation de plus de 4 000 arrestations après le 28 février. (Reuters, 30 décembre 2025 ; HCDH, 23 janvier 2026)
L’inflation ne constitue pas en soi une violation des droits de l’homme. La question juridique est de savoir si les autorités ont pris des mesures efficaces, transparentes et non discriminatoires pour garantir un accès minimum à la nourriture, à l’eau, aux soins de santé et au logement, et si les personnes qui ont manifesté pacifiquement contre leurs conditions de vie ont, au lieu d’être entendues, été confrontées à une détention arbitraire, à de vagues accusations de sécurité nationale ou à la peine de mort.
Les familles sous pression accrue
Les familles de prisonniers se situent à la croisée de deux crises. À l’heure où le salaire minimum couvre moins de 40 pour cent du panier estimé du coût de la vie, les coûts d’achat de l’eau, de la nourriture, des médicaments et des produits d’hygiène d’un détenu sont transférés au budget des ménages. Dans le quartier 5 de la prison du Grand Téhéran, les attentes de trois à quatre mois pour une visite en personne, ainsi que les retards prolongés dans les jours de visite, ajoutent aux coûts de transport et à la tension psychologique.
La réponse économique du gouvernement
Le Conseil suprême du travail a augmenté de 60 pour cent le salaire minimum pour 2026/27 et l’Organisation de sécurité sociale a annoncé une augmentation de 60 pour cent des pensions des bénéficiaires du taux minimum. Ces mesures constituent la réponse officielle à la baisse du pouvoir d’achat. Néanmoins, les chiffres de juillet d’une inflation globale de 87,9 pour cent sur un an et de 128,1 pour cent pour l’alimentation montrent que les augmentations nominales des salaires et des retraites sont restées inférieures à la croissance des prix. Dans les sources publiques examinées jusqu’au 16 août 2026, aucune donnée régulière et désagrégée n’a été trouvée permettant d’évaluer l’accès réel des groupes à faible revenu à la nourriture, aux médicaments et au logement.
Norme applicable en matière de droits de l’homme
Les articles 2 et 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels exigent que l’État utilise le maximum de ses ressources disponibles pour réaliser, sans discrimination, le droit à un niveau de vie suffisant, y compris une alimentation et un logement suffisants. Cette obligation n’impose pas à l’État de garantir la stabilité de tous les prix. Cependant, la suppression d’un soutien essentiel, l’absence de mesures ciblées pour protéger les besoins minimaux ou l’allocation non transparente des ressources nécessitent une justification et une évaluation des droits de l’homme lorsque les conséquences sont graves et prévisibles.
Conclusion et mesures immédiates proposées
Les données disponibles montrent que la pression sur les moyens de subsistance n’est pas le résultat d’un seul facteur. Les hausses de prix étaient déjà bien ancrées avant le début de la guerre, et celle-ci les a intensifiées en raison de la perturbation des importations et des transports et d’une plus grande incertitude en matière de change. La mesure des droits de l’homme n’est pas seulement l’inflation. Les questions centrales sont de savoir si les autorités ont utilisé le maximum de ressources disponibles pour préserver un accès minimum à la nourriture, aux médicaments, au logement et à l’assurance, ont rendu compte des effets de leurs politiques de manière transparente et ont respecté le droit de manifester pacifiquement. À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, la protection des civils en Iran doit commencer par la garantie de ces besoins fondamentaux.
- Le gouvernement devrait mettre en œuvre un soutien ciblé et mesurable en matière de nourriture, de médicaments, de logement, d’eau, d’électricité et d’assurance pour les groupes à faible revenu, et publier les résultats.
- Les effets de la guerre, des sanctions et des décisions économiques nationales sur les prix, les importations et l’accès aux biens essentiels doivent être surveillés et rapportés séparément.
- Les droits de réunion pacifique et de protestation concernant les conditions de vie doivent être respectés, et les personnes détenues uniquement pour s’être exprimées, organisées ou manifestées pacifiquement doivent être libérées.
- Des données détaillées et vérifiables devraient être publiées sur l’inflation affectant les produits essentiels, le panier de vie chère, la couverture d’assurance et l’accès aux médicaments et au logement, afin que l’aide soit basée sur les besoins réels des groupes vulnérables.
Sources publiques sélectionnées
L’institution et la date apparaissent immédiatement après la déclaration ou la citation concernée dans le rapport. La liste ci-dessous est fournie pour faciliter la récupération du document original ou de la version publique fiable la plus proche. Les informations vérifiées en interne ont été incluses sans nommer ni lien public vers la source afin de la protéger.
- Nations Unies, page officielle de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, consultée en août 2026.Lien direct
- Centre statistique d’Iran, « Taux d’inflation annoncé pour juillet », republié par l’IRNA, 29 juillet 2026.Lien direct
- IRNA, « Accord tripartite sur une augmentation de 60 pour cent du salaire minimum des travailleurs », 16 mars 2026.Lien direct
- ILNA, « Le salaire agréé ne correspond pas au panier du coût de la vie », 24 mars 2026.Lien direct
- Reuters, les manifestations pour les moyens de subsistance commencent et le gouvernement annonce sa volonté de dialogue, le 30 décembre 2025.Lien direct
- Banque mondiale, page pays de la République islamique d’Iran, consultée en août 2026.Lien direct
- Banque mondiale, Commodity Markets Outlook, 20 avril 2026.Lien direct
- Banque mondiale, « Les prix alimentaires ressentent la chaleur alors que la guerre secoue les marchés des matières premières », 22 mai 2026.Lien direct
- HCDH, « Iran : après une violence sans précédent, la priorité doit être de rassembler des preuves », 23 janvier 2026.Lien direct
- HCDH, Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, 16 décembre 1966.Lien direct

